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such great heights - dawn
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Mar 25 Nov - 4:17
SUCH GREAT HEIGHTS
DAWN & ISAAC



Le temps s'effrite. Les constantes s'envolent. Les équations irrésolues laissant un goût amer dans la bouche. On s'habille de nos plus beaux leurres ; des sourires feints accroché à nos lèvres fatiguées de jouer cette comédie ; jour après jour, année après année. J'avais décidé de faire acte de présence. Les ombres se mélangent et se fondent l'une dans l'autre, telles des fauves affamés. Ils ne sont que de misérables fantômes, et leurs mains m'effleurent comme elles effleureraient le nom gravé sur leurs tombes. Dansant contre moi, s'élevant une dernière fois, la déchéance à mes pieds, criant, riant, tournant sur eux-mêmes sans jamais s'arrêter. Mes oreilles bourdonnent, à ne plus savoir où donner la tête, je progresse lentement, je perds pied, me reprends. Les visages m'entourent, familiers, inconnus, tous me frôlent sans aucune pudeur, et je n'en ai rien à foutre, je n'en ai plus rien à foutre. C'était ça, la vie. Ne rien ressentir d'autre que cette putain d'adrénaline qui montait, montait, montait, assister à l'existence en elle-même sans être totalement un figurant, sans être totalement un simple spectateur. Vaciller entre les deux, dans cette délicieuse inconstance, dans cette triste inconscience. Soudain, le monde m'apparaît beau, plus qu'il ne l'a jamais été, et j'aimerais tendre le bras pour pouvoir agripper le bonheur, celui que je vois se dessiner devant moi, mais j'en suis incapable, il est intangible, j'aurais beau courir, je ne l'attraperai pas. Je suis condamné à rester là, à l'observer se jouer de moi. Les flashs lumineux m'obligent à fermer les yeux, quelques fractions de seconde, et quand je les ouvre à nouveau, le chaos est toujours là, et j'ai envie de rire, rire à m'en arracher les lèvres. Des dizaines de silhouettes se bousculent à mes côtés, on me pousse, me touche sans vergogne, je suis l'objet, le pantin fou, immobile au milieu de ce qui ressemble de plus en plus à une orgie dans mon esprit. Ce soir encore, j'entends mes démons chuchoter à mon oreille des ignominies, et je ne sais plus ce qui est réel ou pas, j'ai l'impression de m'enliser, lentement, mais sûrement, je m'enfonce dans l'illusion et ne fais rien pour y échapper. Qu'elle ouvre sa gueule, qu'elle dévoile ses crocs et m'avale tout entier, je crèverai en ayant atteint le nirvana, ou ce qui y ressemble, je ne sais pas. « Isaac. Isaac. » Du néant s'élève une voix âcre, usée par la vie. La femme toise mon regard, elle porte un jugement assumé sur sa progéniture, son unique échec de laisser un héritage sur cette terre. Je lui souris. « Vraiment, il fallait que tu t'éclates la gueule, ce soir ? » Je le lui explique tant bien que mal, et je redeviens un enfant, l’enfant défoncé qui s’appuie tant bien que mal sur le mur glacé, l’enfant aux grands idéaux bafoués qui se raccroche désespérément à l’illusion dorée.


▶▶▶▶▶

I survive on the memory of you.
Il faut se perdre totalement pour pouvoir réellement prétendre exister. C'est une chute sans fin, au cœur de l'enfer, abîmes délicieux, et je m'y laisse entraîner sans protester. Je sens le sol s'ouvrir sous mes pieds, mais au lieu de tomber, je m'envole, je m'envole si haut que je n'arrive plus à respirer, je suffoque pour l'éternité, bonheur éphémère que je sens m'emporter. Et elle est là, frêle silhouette se découpant dans la nuit, ses lèvres roses, appelant au baiser, ses doigts se mêlant aux miens, et toutes les nuits devraient se ressembler, tant celle-ci est parfaite, regarde, regarde le ciel, il nous appelle, ferme les yeux et laisse-toi flotter, sens-tu comme l'air revient nous emprisonner ? Je ne sais plus si je lui dis ou pas, tout ça, quelle importance au fond, tant qu'elle est près de moi. « On dirait que tout s'est inversé, c'est le paradis là-bas, même si je n'y crois pas, il est là tout près de nous » J'aimerais lui dire que mon paradis, c'est elle, mon rayon de soleil, l'adrénaline qui secoue mon palpitant, j'aimerais lui dire ce que je ressens, soudainement, mais à quoi bon ? Tout ça n'existe que dans ma tête, ma raison vacille, tangue, et je me tais, je me tais encore, je me tais pour toujours, ou du moins, quelques secondes, et c'est énorme, cette impression de ne plus rien avoir à dire, que tout a déjà été expliqué, alors je reste là, je resserre ma poigne sur sa main, et je sens sa tête venir s'appuyer sur mon épaule, infime contact qui me donne la sensation de planer. La réalité me revient néanmoins par vagues, et c'est presque douloureux, cette pression de vie, mes jambes tremblent un peu. Je perds l'ordre des gestes, des mots, je ne sais plus si j'ai parlé ou si c'était son tour, je tire machinalement sur la cigarette que j'ai glissée entre mes lèvres, c'est très bien comme ça. Je ferme les yeux, un instant, je cherche à remonter le cours de la soirée, et des bribes disparaissent de mon esprit, c'est comme un ouragan qui aspire tout sur son passage, tout ce que je vois, c'est son visage. Le bonheur, c'est ça. Le vide, rien d'autre qu'elle et moi, plus de passé, plus de présent, plus d'avenir. Le bonheur n'est rien d'autre qu'une fraction de seconde, un moment suspendu dans l'air, la chaleur de sa paume glissée dans la mienne. Il y a des moments parfaits, comme ça, où j'ai l'impression de ne faire qu'un avec la vie. C'était sans doute ridicule de ma part, et probablement légèrement naïf, mais après tout, j'avais le droit de me sentir bien, moi aussi. Confortablement installé, je ne fais pas attention à grand-chose, si ce n'est à Anna, blottie contre moi. Les autres, je ne les connais pas, et à vrai dire, je commence à avoir du mal à me souvenir de comment on avait bien pu atterrir ici. Elle se trémousse quelque peu, l'air d'hésiter. J'ai dû lui poser une question quelconque. Elle répond « Je sais pas, je le sens mal ce club, la dernière fois tu m'as abandonnée pour cette fille et j'ajoute qu'elle était pas top canon... désolée, en plus une blonde a failli m'étrangler parce que son mec dansait trop près de moi ou l'inverse? Je sais plus. » Je plisse les yeux, j'ai du mal à me concentrer, et on vient de me tendre ce qu'ils appellent un Whisky maison, du moins c'est ce que j'ai cru comprendre dans leur anglais approximatif. J'adresse d'ailleurs un sourire triomphant à mon amie, comme pour lui prouver qu'elle avait fait le bon choix en m'écoutant comme elle l'avait fait, mais je suis trop crevé, ou trop éméché, pour daigner lui répondre. De toute façon, elle doit m'avoir compris, on se comprend toujours, rien qu'avec un simple coup d'œil. L'avantage de généralement se voir quand la terre se mettait à tourner un peu plus vite. Ce qui, ces derniers temps, arrivaient de plus en plus souvent, et régulièrement en sa compagnie. On s'était bien trouvé. Je n'étais juste pas sûr que ce soit réellement une bonne chose. Peu importe. Une de mes mains vient effleurer son visage, alors que l'un de nos hôtes semble me presser à boire, alors je hausse les épaules et engloutis le tout en quelques gorgées. Une grimace plus tard, je repose le verre, et une petite voix dans ma tête se demande bien ce que ça pouvait être ; je l'éloigne, ce soir, je me fous de tout. Je laisse échapper un léger rire face à son air perplexe, et acquiesce d'un signe de tête. Elle ne s'en préoccupe pas plus longtemps, après avoir avisé mon verre vide, et boit à son tour. Au moins, si ça se passait mal, on serait à deux. Quand enfin, on finit de vider les bouteilles environnantes, nous nous en allons, non sans remercier chaleureusement les adeptes du Whisky. Et nous nous éloignons, à la recherche d'un peu plus d'action, d'un peu plus de débauche pour plus de destruction.


▶▶▶▶▶


Des cauchemars, j'en ai fait. Par dizaines, par centaines. Sa bouche contre mon oreille, son regard alors que j'entre dans la voiture, je les ai revus, j'ai revisité les mêmes scènes, encore et encore, jusqu'à ce que la nausée passe mes lèvres, jusqu'à ce que je vomisse le dégoût et la haine. Tout est encore là, pourtant, je les sens à l'intérieur de moi, me donnant envie de hurler, de tout détruire sur mon passage, et je ne m'en prive pas. Certains me diront sans cœur, mais j'ai aimé. J'ai aimé ma victime d'un amour inconditionnel, avant de la haïr sans limite. J'en suis à présent épuisé, je n'ai plus rien à donner. J'ai alors choisi la facilité, j'ai joué avec les extrêmes, j'ai plongé ma main dans les flammes en attendant de voir la chaire fondre, j'ai hurlé de plaisir et joui de douleur, j'ai souhaité l'oublier. « Ici, devant toute la famille ? Tu es une disgrâce, Isaac. Ton père et moi, nous te voyons qu'une fois par année, pourrais-tu faire au moins l'effort de ne pas agir en parfait égoïste ? » Je l'entends à peine, dans cette cacophonie, dans cet tumulte de sensations, mais j'arrive, je ne sais comment, à hocher la tête. Je ne suis pas sûr d'avoir compris, je fuis, bousculant les gens, ignorant les remarques, les insultes de ceux que je dérangeais particulièrement. Je me sens comme aveugle, d'un coup, je ne vois plus rien, et je ne sais pas comment j'arrive à tenir debout. Ma perception des choses est distordue, je ne comprends absolument pas ce qui m'arrive, mais je continue à avancer. Je suis prêt à m'écrouler, mes jambes flageolent alors que je m'éloigne peu à peu de la masse. L'envie de rire a disparu, l'angoisse étreint mon cœur, j'ai peur de rester coincé, la foule me bloque le passage de toute part, et j'aimerais me laisser tomber à terre, attendre qu'ils me piétinent tous, car je suis sûr que c'est ce qu'ils veulent, au fond.
Et puis, je croise son regard.

Elle vint ravager, dans un souffle, tout ce que je terrais en moi, voilé de mensonges. Elle était belle, dans toute cette tristesse qui l'enveloppait. Elle, comme moi, n'avions pas notre place dans ce tableau onirique que ma famille tentait de brosser. Cette candeur flétrie par la dépravation, l'essence même de ma propre annihilation. Nous n'étions ni étrangers, ni familiers ; que deux âmes distordues dans un chaos contrôlé. À la fois vil et douceur, son regard se pose sur le mien. Elle esquisse un sourire en contre-jour, quelque part entre l'incandescence et les ténèbres, la grâce d'un cygne dans ses mouvements inhibés. Elle me semble parfaite, l'espace d'un moment déjà disparu, une splendeur intouchable dont le souvenir de soufre atteint mes lèvres. Elle lui ressemble. Elles lui ressemblent toutes. Ses pupilles changent, souillées par un passé qui la hante. Je connais ce regard. C'est le mien. Celui des remords inavoués et des péchés anathématisés. Elle sera la victime d’un jeu pervers que j’entretiens avec Dieu. Mon sourire stigmatisé par l’usure du temps s’agrandit à l’idée de lancer à nouveau les dés. Je m’approche alors qu’elle s’éloigne de lui, protecteur de ses nuits d’angoisses, son futur mari, le sang que l’on partage m’ébouillante de l’intérieur. Fébrile, je serre les doigts sur la bouteille de Whisky. « Je te ressers un verre ? » J’entreprends cette chasse, futile, afin de m’amuser un peu. Son visage, travesti par un secret, une peine portée telle une croix, dans un silence que nous partagions. Je hausse un sourcil, presque moqueur, en tendant la bouteille une nouvelle fois vers cet ange déchu, à la chevelure fiévreuse, tout droit descendu des enfers pour m’attirer à ma chute. « Ou toute la bouteille, à voir ta gueule. » J’approche mon visage, brisant les limites dissimulées, j’inspire son effluve délicat, parfum délicieux. J’appose ma paume contre son épaule, je murmure à son oreille. « Toi et moi, nous n’avons rien à faire ici, n'est-ce pas ? » Nous ne sommes que des tâches, perdus quelque part dans une œuvre d’art. Le temps nous échappe, il nous glisse entre les doigts. On ouvre les yeux, deux étrangers dans un lit de remords, regrettant les mots ignorés, les baisers soufflés et les disputes laissées sur le coin d'un oreiller. Que regrettes-tu, toi, ô belle douceur ? Quels sont tes secrets, enfouis sous les mensonges que tu t'évertues à jouer, comme une triste pièce de théâtre ?  

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Dawn J. Baker
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Ven 28 Nov - 0:46
SUCH GREAT HEIGHTS
DAWN & ISAAC



J’aurais pu faire comme si rien n’était vraiment arrivé. J’aurais pu me glisser lentement dans l’ombre, ne plus y penser, ne plus l’imaginer, ne plus le revoir. J’aurais pu ramasser les éclats de toiles, les éclats de ma vie, de ma mémoire éparse, un peu partout sur le parquet de la galerie. J’aurais pu lever la tête, accepter, assumer, ravaler. J’aurais pu le laisser partir aussi vite qu’il était arrivé, aussi vite que je l’avais quitté, aussi. J’aurais dû me taire, j’aurais dû ne pas prononcer un seul mot, ne pas oser, pas parce qu’il ne le méritait pas, au contraire, mais parce que moi, je n’en valais pas la peine. J’aurais dû tourner le dos, j’aurais dû le laisser faire ce qu’il avait à faire, régler ses comptes avec moi mais surtout avec lui. J’aurais dû ne pas me faire le cadeau de recroiser ses yeux, la malédiction d’y retrouver une absence, une belle et grande absence, un vide. Le vide qui creusait entre mes côtes, qui brûlait mon ventre, qui brûlait ma gorge, qui brûlait mes rétines. J’aurais voulu pleurer, j’aurais voulu crier, j’aurais voulu courir loin, me cacher, nous cacher, nous oublier, un peu, juste un peu. J’étais si fatiguée. J’étais si épuisée par nous, par un nous distant, par un nous absent, par un nous irréel. J’étais épuisée de vivre à travers mes souvenirs, encore plus de les chasser jamais aussi fort qu’ils ne revenaient à la charge. J’étais somnolente, mais incapable de trouver le sommeil. J’étais silencieuse mais tout sauf muette à l’intérieur, au fil des pensées qui roulaient encore et encore, qui martelaient mes tempes, qui se cognaient à la réflexion que le miroir me renvoyait tous les matins, que je fuyais maintenant. Mes yeux, ses yeux. J’étais vide, vide, vide. Vide de lui, mais surtout de moi. Je ne me reconnaissais plus, je me perdais à travers des vêtements trop grands, entre mes joues creuses, entre mes pertes d’attention de plus en plus communes, entre mes oublis. Mes oublis, ceux-là même qui tirent du ridicule, qui laissent de la place, trop de place à ce qui me triture l’esprit depuis un an déjà. Depuis la journée où il est revenu, depuis l’instant où je suis partie, depuis les mois où j’ai noyé tout ce qui avait pu me le rappeler, où je me suis refusé le droit de repenser à notre vie, à ce qu’on avait, à ce que j’avais bousillé, à ce à quoi je m’étais moi-même arrachée. Je m’étais évitée, je m’étais empêchée de revivre la fuite, le retour jusqu’à ce qu’il revienne. En croyant que ça me briserait trop, en sachant très bien qu’au contraire, je m’en nourrirais. Comme un espoir, tout petit, tout simple, tout mauvais, qu’il reviendrait. Que je le retrouverais. Qu’on ne se serait jamais vraiment perdus au final. Et il avait fallu qu’il revienne. Que je le retrouve. Qu’on ne se perde pas vraiment. Et là, tout ce que j’avais pu nier, tout ce que j’avais pu vouloir fuir avait ressurgit, et avec raison. J’étais démolie, par ma faute. Par moi-même. Je m’étais cassée, beaucoup plus que je ne me l’étais autorisé, beaucoup plus que je ne l’aurais pensé. J’aurais pu ne pas retomber. J’aurais dû ne pas y retourner. J’aurais voulu ne pas replonger.

Mais il était revenu. Et je n’étais pas prête à accueillir tout ce que ça signifiait, presque autant que ce que ça ne signifiait pas. Ce qui me semblait plus pire encore que de l’avoir revu aurait été de ne plus jamais le revoir.


▶▶▶▶▶


« Cette robe te va comme un gant, sweetie. » Le baiser qu’Aidan déposa dans mon cou ne me fit rien. Rien. Absolument rien. Et mal, aussi. Surtout. Il passa ses doigts fins dans mon cou, traçant la chaîne qu’il venait de m’offrir, assortie au diamant qui ornait mon annuaire gauche. Tout sonnait faux, de mon sourire à son reflet, de ses mains qui se déposèrent sur mes hanches à mon corps qui se raidit sous son contact, son souffle chaud qui se mêlait à ma respiration faible, quasi-absente. « Tout va bien? » Je lui souriai, me maudissant moi-même d’être si horrible, de lui mentir, de me mentir au détour. Il m’aimait, il me le disait, il me le montrait, mais ce n’était pas suffisant. Je n’arrivais pas à lâcher prise, je n’arrivais pas à y croire et surtout, je n’arrivais pas à le vouloir. Aussi simplement. Pourtant, j’aurais tellement voulu, j’aurais tellement tout fait, tout sacrifié, pour lui donner autant que ce qu’il m’offrait. Pour être son égale, pour le compléter, pour ne former qu’un avec lui, pour que ses prunelles qui me détaillaient, désireuses, trouvent autre chose qu’une silhouette faiblarde, diluée, dissoute, qui s’étiolait du bout de ses baisers doux. Trop doux. « Pardon, j’ai l’esprit ailleurs… » Ses mains agiles s’affairaient à remonter le long de ma colonne, à s’attarder à mon cou, à masser ma nuque, caressant chaque parcelle de peau qui résistait sous ses doigts. Il sentit la tension le long de mes clavicules, les nœuds remontant ma mâchoire, mes omoplates se refermant sous ses caresses. « Voir tes toiles détruites a dû être horrible, j’aurais voulu y être pour lui régler moi-même son cas. » Je retins mon souffle, voulant éviter tout, tout, surtout d’imaginer Aidan et Jack dans la même pièce, dans la même ville, dans le même monde. L’idée me scia un peu, m’immobilisa surtout, et je préférai me pencher sur l’histoire que Maxence, Albane et moi avions utilisée, le clochard imbibé d’alcool, pour laisser retomber la pression – la mienne, et calmer les tensions – les siennes. « L’agent de sécurité s’en est chargé, ne t’inquiètes pas. » Ma main se déposa sur la sienne, l’immobilisant, l’empêchant de poursuivre ses caresses. « Merci. » Il embrassa mon épaule, je tournai la tête dans la direction opposée et il me souffla qu’il m’attendait au rez-de-chaussée le temps que je retrouve mon sac, encore égaré. Le bruit de ses pas qui s’éloignèrent, qui descendirent les escaliers et qui s’égarèrent vers le salon me laissa l’occasion de respirer de nouveau, comme s’il m’en empêchait. Comme si je m’en empêchais moi-même. Comme si j’évitais en sa présence. De peur d’inspirer son air à lui aussi, et de lui prendre encore plus que simplement son oxygène. « J’arrive. » que je laissai glisser du bout de mes lèvres, sachant très bien qu’il ne m’entendrait pas. Tant mieux, vu la façon dont ma voix avait réussi à se casser sous les larmes, sous un soubresaut que mes doigts arrivèrent à retenir.   


▶▶▶▶▶


Ses baisers à lui étaient fiévreux. Tout comme ma peau, chaude, douce, enflammée à son contact. Il m’attira à lui en riant, puis en laissant son regard me prédire la suite. Ses yeux perçants, son sourire assuré, il ne m’en avait pas fallu plus pour le laisser entourer ma taille, attirer mes hanches aux siennes, à son bassin qui me charmait, à lui, à son corps, à son tout qui m’avait déjà séduite à simplement me détailler du revers des prunelles. Avec lui, je n’avais aucun questionnement, aucun doute, aucune réserve. Il m’empêchait d’en avoir, avide d’un accès à mes courbes, intéressé d’en découvrir plus lorsque je finis par laisser tomber ce qui retenait encore mes vêtements. Mon t-shirt et mes jeans trouvèrent facilement les planches de bois à nos pieds et il se ficha éperdument des toiles, des pinceaux, de la peinture qui ornaient l’atelier, fournitures éparpillées et devoirs à rendre pour la veille, lorsqu’il agrippa mes cuisses et me souleva sur l’établi. L’image me revenait encore en tête, jamais, maintenant, alors que ses lèvres réveillaient chacun des millimètres de ma chair, me forçant à me cambrer, à en vouloir plus, toujours plus. Ses cheveux, caresses sur leur passage, m’arrachèrent un rire, suivit d’un soupir lourd, intéressé, intrigué. Je me souviens de la lumière du jour qui commençait à se dissimuler derrière les rideaux, je me souviens des bruissements de voitures, des taxis par la fenêtre, je me souviens de la peinture qui colorait le plancher sous nos ébats, des mains baladeuses, attendues, désirées qui redécouvraient de nouveau ma silhouette, qui en faisaient la leur, partout et nul part. Je me souvenais de ce moment, étoile parmi tant d’autres, souvenirs parmi des milliers, ébats parmi des centaines.

Je m’étais arrêtée face à la chambre d’amis où il avait passé la nuit, où j’étais restée, trop longtemps, où j’avais tenu sa main comme avant, comme jamais. C’était là où j’avais fait la première des erreurs, celle bien plus grave que de prendre sa défense après qu’il ait passé toute sa rage, toute sa peine sur mes toiles. Celle où je l’avais fait entrer dans ma vie, dans ma nouvelle vie, celle où je m’étais tellement appliqué à le garder à l’écart. Celle où il aurait eu tout à gagner à ne pas y remettre les pieds. Jamais. Pour son propre bien.


▶▶▶▶▶

« Je te ressers un verre ? » Je sursaute, regard vitreux, Aidan loin déjà, la famille entière réunie dans une pièce qui respire la chaleur, l’humanité, l’authenticité. Tout sauf ce que je dégage, à ce moment. Je le laisse se rapprocher, encore un peu, juste un peu, avant de lever la tête, les yeux vers lui. Cousin lointain, frère abandonné, oncle trop jeune, j’ai oublié pour avoir porté si peu d’attention à tout ce qui touchait ma nouvelle famille, étant si peu proche de la mienne à la base. Parce que ma famille, c’est lui, c’était… «  Ou toute la bouteille, à voir ta gueule. » Son insistance me déstabilise, fait glisser mes prunelles le long de son visage, le long de sa stature qui se penche vers la mienne, lui fort, moi tremblante. Comme toujours. «  Toi et moi, nous n’avons rien à faire ici, n'est-ce pas ? » Le contact de se peau contre la mienne me fait l’effet d’une décharge électrique et j’aurais perdu pied s’il n’avait pas insisté sous la pression, s’il ne m’avait pas approchée un peu plus près de lui, s’il n’avait pas été là pour m’attraper, pour m’empêcher de tomber. Quelle ironie, tout de même, à voir le jeu de pouvoir auquel il jouait très certainement, fier, pédant, puissant. Je me contente de mordre ma lèvre, de croiser son regard dévorant, de tendre mon verre qui bien évidemment est vide. « J’aimerais avoir le jugement aussi facile. » que je me contente de souffler, sentant Aidan et son air appuyé me détailler à l’autre bout de la pièce. « Ce serait beaucoup plus simple pour tout le monde... » Le liquide ambré empli bien vite ma coupe et je la porte à mes lèvres, résolue. « Ça s’estompe, un jour? Tu crois qu'on s’y sent chez soi, au bon endroit, vraiment? » Je savais déjà qu’il rirait, je savais déjà qu’il roulerait des yeux, même intérieurement. Il le sentait au fond, que je sonnais faux. De l’alliance au sourire en passant par ma robe neuve, trop serrée, trop enveloppante, à mes escarpins qui me menaçaient à chaque pas. J’avais trop parlé, j’en avais trop dit, mais il le savait. Rien qu’à voir la façon dont il me parlait, dont il se comportait avec moi, il était au courant. Et puis au final, je n’avais pas besoin de lui mentir. Un effort de moins, un épuisement en banque. « Je ne devrais pas te dire ça. » J’hausse les épaules tout de même, polie, faisant un pas derrière pour briser notre étreinte. Ça ne servait à rien, mais il le saurait. Il verrait qu’on était surveillé, par des parents inquisiteurs, par des regards curieux, par une famille à laquelle on ne souhaitait pas appartenir. « Bonne soirée, Isaac. » J’accompagne mes paroles d’un pas dans sa direction, prévoyant passer derrière lui pour rejoindre ce fiancé auquel je devrais être scotchée de toute façon, et me contente de souffler, à sa hauteur, un bref « Si tu as envie de partager ta connaissance des lieux et de m’indiquer où je pourrais éviter les malaises pour un brin de silence, be my guest. » avant de regretter tout de suite l’invitation lancée. Isaac était une personne toute en complexité  et si je m’y brûlais de trop près, je… Aidan esquissa un signe de la main qui m’était destiné, m’invitant à le rejoindre et un instant, l’espace de quelques secondes seulement, j’espérai qu’Isaac me bloque dans mon mouvement. Une fois, rien qu’une fois, j’aurais besoin d’arrêter de penser. D’arrêter d'y penser.



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We are, we are revolving chemistry. Love has taken us as far as we can reach, but I can't leave. Holding on to what we used to be. We are, we are in-love enemies. We are sentimental slaves on broken knees. We're on empty. We were, we were one identity. We. ©️endlesslove.
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Ven 28 Nov - 20:36
SUCH GREAT HEIGHTS
DAWN & ISAAC



Elle tressaillait. D'un frémissement subtil et délicat, invisible à l'œil d'un fiancé dévot se faisant docile et respectueux, mais qui n'échappa guère à mes pupilles fauves et impies. Mais elle tressaillait de rage, en réponse à mon effronterie honteuse, celle qui lui suggérait de laisser aller son corps contre le mien, son âme contre la mienne. Bien sûr, je pouvais comprendre que mes dires atteignaient sa dignité de femme respectueuse, mais je jubilais d'avantage de savoir qu'à l'intérieur de son être parfait, bouillonnait une colère à mon encontre ; mieux encore, contre elle-même. « Ça s’estompe, un jour? Tu crois qu'on s’y sent chez soi, au bon endroit, vraiment? » Je haussais les sourcils d'un air joueur, lui offrant un sourire lubrique et taquin au coin de mes lèvres vermeilles. Je l'invitais ainsi par une provocation légère, à aller jusqu'au bout de son entreprise par la moue malicieuse et suggestive que j'esquissais alors. « Jamais réellement, jamais totalement. » J'avais cette envie mordante de lui souffler toutes ces pensées pernicieuses entre deux rictus carnassiers, mais l'alcool retenait tous mes mots en otages bloqués dans ma gorge sèche. Je me contentais alors d'esquisser un rire léger et railleur, comme je l'entendis de nouveau reprendre la parole. « Je ne devrais pas te dire ça. » Je l'avais touchée par le venin de mes syllabes, et peu m'importait si la morale ne s'y prêtait guère, j'aimais être celui qui, s'immisçant dans la chair et l'âme, pour mieux vous hanter des jours durant. Mais la belle feinta ne rien ressentir, conserva son flegme enchanteur, et se distança avec grâce sans même un frémissement qui aurait pu la trahir. J'attendais le verdict ; fier comme un prince et arrogant comme un roi, je me voyais au-dessus de tout, mais certainement pas petit joueur. Ma sur-estime causerait ma perte, mais pour le moment, je jouissais de ma position. « Si tu as envie de partager ta connaissance des lieux et de m’indiquer où je pourrais éviter les malaises pour un brin de silence, be my guest. » Ses dernières paroles murmurées en un timbre contrôlé, m'arrachèrent un haussement de sourcils malicieux alors que ma main se glissa sur son épiderme, retenant légèrement sa présence. Ce sourire persistant à mes lèvres trahissait mon insouciance et cette dédaigneuse faculté que j'avais à penser que tout m'était dû. Il me fallait tout, dès que l'envie m'en prenait, et j'exécrais quiconque venait me taper sur les doigts : c'était impensable, stupide, à la limite de l'inconscience. « La bibliothèque du premier étage ; si tu souhaites un peu de solitude, personne ne viendra te chercher là-haut. » Je ne pus retenir un sourire victorieux s'étirant sur mes lèvres désirables, que fort heureusement, elle ne put voir, retournant désormais vers celui auquel elle était promise. J'ignorais encore jusqu'où je désirais que le jeu ne s'étende, en toute probabilité, je n'avais pas d'autres buts que celui d'implanter des doutes dans son esprit. Et quels doutes... J'espérais qu'ils l'assailliraient de telle sorte qu'elle n'en trouve plus le sommeil, ne vienne à piquer sa culpabilité, et ne finisse par ramper vers moi tout en me soufflant des excuses que je ne méritais pas. Un bref rire fin s'échappa de mes lèvres comme je la toisais qui me tournait le dos : le fait qu'elle ne s'échappe avec tant d'ardeur, ne prouvait qu'une envie salvatrice de se libérer de quelque chose. De moi, de la situation, du jeu dangereux mis en place ? Et à ces simples questions, mes rétines fauves vinrent briller d'une flamme scabreuse et sadique : j'avais ce soudain désir de jouer avec ses peurs, ses doutes... Ses envies. Je ne savais plus. Si je jubilais, si je me questionnais contre ma propre ignominie, si j'avais peur pour elle. En toutes probabilités, je n'avais pas eu la réaction adéquate ; je n'avais pas cherché à creuser d'avantage sa souffrance, je ne l'avais pas questionnée outre mesure, je ne lui avais apporté aucune aide après tout. On ne laisse pas une victime entre les griffes de son bourreau lorsqu'on la sait en danger. Je fronçais les sourcils sur cette pensée, mes yeux pénétrants fixant un plafond obscur comme j'eus un soupir las. Dawn n'était pas une victime, elle était martyre, et le propre de ces saintes, c'est qu'elles ne sont pas secourues : cela les rend éthérées jusque dans leurs morts. J'eus une brève œillade pour la silhouette de la belle retournant vers son prince. Demandait-elle l'expiation, la rédemption par la souffrance, ou agissait-elle ainsi par simple soumission. Quel gâchis si c'était le cas ; elle ne serait plus même une de ces saintes. Alors que j'aime les persécutées ; elles m'attirent, m'obsèdent presque, j'aime les savoir lourdes de péchés et de croyances qu'elles donnent à flageller dans la souffrance.


▶▶▶▶▶


« Ne t'approche pas d'elle. » Un ordre, une injonction, une colère, un simple mot, un murmure, un souffle. Rien. Ce qui pour lui n'était plus que l'expression de sa rage empourprée, quand il me sommait de me rester loin d'elle, je n'entendais rien. Un frisson pseudo convaincu, tissé de quelques mots se voulant assurés, mais rien qui ne venait frapper à ma raison annihilée. Sans doute parce que je trouvais son ordre trop superflu, inutile, même, prêchant l'instinct de survie sans que pour autant cela ne m'atteigne. C'était se heurter à un mur tant ma colère était sournoise et mesquine, tant j'avais ce besoin dans la peau de lui faire du mal, en insufflant en elle les spasmes d'une peur soudaine. J'étais assez fiévreux pour la contaminer et il le savait. « J'ignore de quoi tu parles, cousin, ou de qui tu parles.  » Aussi, je m'investis de ma mission avec délectation, ma voix suave et mielleuse précédant la rudesse de mes actes à venir, déposant contre la table d'ébène, la bouteille d'alcool. Je savais me faire poète et charmeur, comme je pouvais me muer en bourreau sanguinaire, de ceux qui vous tailladent la chair par la pointe acide de leurs syllabes et de leur impulsivité bestiale. « Les gens ne sont pas tous des jouets, comme elle l'était. » Ma surprise non feinte m'agace, m'énerve, m'irrite. Je lutte pour ne pas raidir un peu plus la mâchoire et ne pas serrer les poings sous cette colère virulente et mauvaise... Mais pourquoi tant de furie en mon être qui habituellement se fiche bien des rumeurs, des regards, des préjugés. Des autres, tout simplement. Sans doute parce que logé quelque part dans le creux de mon palpitant venimeux, une crainte s'y prosterne et tremble sous l'amère réalité : je ne veux pas qu'on m'abandonne, je ne veux pas qu'on m'oublie, je veux avoir vécu pour au moins m'assurer de mourir tout en demeurant éternel dans l'esprit d'au moins une personne ici-bas. L'arrogance de mon rictus se fissure légèrement aux propos de mon cousin. Ils n'étaient ni durs, ni sévères, qu'un exposé de la réalité, vicieuse et tordue qu'était mon existence. Je ne répondis guère à son intervention, reprenant la bouteille entre mes doigts fins, lui tournant finalement le dos.


▶▶▶▶▶

Les fils de mes pensées se perdaient dans mon esprit. J'avais un monde, le mien, unique et solitaire, perdu dans les brumes vagues d'un whisky corsé et d'une vodka pure. Mon gosier en feu jubilait de ces braises engendrées par l'alcool, quand le voile de mes yeux ternes exhibait tout le manque d'inhibition que j'incarnais en l'instant. J'avais toujours représenté l'impulsion, la sauvagerie, la fougue d'une jeunesse désabusée, la luxure aussi. Sale ou raffiné, peu m'importait. Mais ce soir plus encore que les autres, j'irradiais d'une débauche sans limite, car mon corps assoiffé s'était repu d'une ivresse délectable. Et autour de moi les fous ; les cris, les rires, les chants. Les verres qui tintent et les lèvres qui s'abreuvent à la santé de notre perte. La famille que je méprise. Autour de moi, les rires, les conversations légères, les spéculations quant aux prochaines vacances. Je retiens cette envie dévorante de tous les envoyer se faire foutre. Ma mère, mon père, mon cousin, mes oncles et mes tantes, toute cette fraude que cette famille semblait désirer perpétuer dans cette soirée. J'entrepris de m'isoler, loin d'eux, loin de tout ce qui pouvait me rappeler les échecs du passé. Je monte un étage, retrouve ma solitude dans cette pièce remplie de livres. Je referme doucement la porte derrière moi, poursuivant ma route jusqu'au petit balcon. Nicotine aux lèvres, gouffre grisâtre tourbillonnant dans l'antre de mes poumons, j'aspirais sereinement un halo de fumée dense qui vint alanguir mon esprit déjà fort pensif. Mes yeux se posaient sur le paysage de verdure, quand difficilement, je tentais de ne penser à rien, un bruit délicat parvint à mes oreilles. J'entrevois, d'un regard discret, la belle désillusionnée entrer dans la pièce. S'y croyant peut-être seule, je décèle un léger soubresaut lorsqu'elle détecte ma présence. Sans pour autant être surprise de me retrouver à l'endroit que je lui avais murmuré à l'oreille, quelques instants avant qu'elle ne disparaisse de mon emprise. Un sourire candide s'affiche sur mes lèvres masquées par la cigarette qui trônait entre elles. « Tu as réussi à te défaire des griffes de ton prince ? Je me demandais justement combien de temps tu arriverais à tenir cette mascarade.  » Je m'approche d'elle, reprenant au passage le verre que j'avais précédemment posé sur la petite table de bois. « Il y a quelque chose qui me fascine chez toi  - je marque une brève pause, écorchant ce qu'il restait de ma cigarette dans le cendrier - je n'arrive pas à mettre le doigt dessus. » J'apporte à mes lèvres, le rebord de mon verre, goûtant avec plaisir le contenu, reposant mes pupilles azur sur ce qui était devenu l'une des pièces de mon jeu pervers. Je m'approche près, trop près, intrusif et tactile, je glisse une main sur la joue de la douce, à la recherche d'une quelconque sensation, en vain. « Quel est ton secret ? Dis-moi pourquoi tu es ici, plutôt qu'avec eux - avec lui. Avec moi qui plus est. J'imagine que l'on a prévenu en long et en large de ne pas trainer avec moi, qu'on a dit de moi que je ne suis pas recommandable, ce qui est tout à fait vrai. Ceci dit, tu es là. Exactement où je voulais que tu sois. De quoi te caches-tu ? »


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Dawn J. Baker
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Sam 29 Nov - 17:40
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DAWN & ISAAC



« Évite de le laisser traîner trop près de toi. » La voix habituellement douce d’Aidan était devenue presqu’acide entre ses murmures. Je m’étais redressée, attentive, interdite, alors qu’on remplissait mon assiette de pâtisseries que je toucherais à peine, et qu’on me tendait ma troisième tasse de café, noir, que je bus en quelques lampées seulement. « Qui? » « Isaac… » avait commencé la mère d’Aidan, avant de jeter un coup d’œil entendu à son mari qui lui fit signe, las, de poursuivre. « Isaac est un peu le vilain canard de la famille. » Je souris, vaguement, le regard baissé, les doigts triturant ma serviette de tissu bien étalée sur mes cuisses tremblantes. Le vilain petit canard, jadis, ç’avait été moi. Muet, gêné, malhabile. La confiance qui manque, l’ombre qui se cache, qui refuse tous conflits, qui fait dans le déni, qui évite les vagues, qui évite les discussions lourdes de sens, qui évite tout court. Je m’imaginais beaucoup moins volubile et insolente que l’Isaac qu’on me décrivait, mais je reconnaissais les bases, les traits similaires, l’impression de ne pas être à la hauteur, toujours et encore, à la bonne place au bon moment, jamais. « Il prend un malin plaisir à nous décevoir à chaque réunion. Je me demande bien quel sera son prochain gros coup. » Mrs Appleby n’hésitait à appuyer sur chacun de ses mots avec un dédain assumé, prenant quelques minutes entre ses attaques verbales pour détailler ses fils et sa fille, si fière d’eux, m’évitant presque des pupilles pour ensuite reposer son attention sur l’assiette de saumon fumé âpre qui lui faisait envie. On m’avait catapultée dans sa vie et elle semblait être encore en phase de transition si ce n’était même de l’acceptation Le cousin à la mauvaise réputation avait sauvé la conversation du brunch dominical de dériver vers une autre énième décision concernant le mariage de leur benjamin et je n’aurais pas pu être plus soulagée. « Il a déjà tenté de coucher avec Suzie. » la sœur frissonna, alors que le frère roula des yeux. « Je n’ai pas l’impression qu’on le reverra de sitôt. ». La mère lissa sa robe, se levant pour faire le tour de la table et passer en cuisine. « Bien fait. » Le contact chaud d’Aidan, sa main entourant la mienne me fit réaliser que j’avais cessé de respirer depuis de longues minutes déjà. Impression de manquer d’air, d’assister à une scène que j’avais déclenchée, à laquelle je n’avais pas le droit, à laquelle je ne souhaitais rien d’autre que mettre fin. Du bout des doigts il replaça une mèche de cheveux qui tombait le long de mon visage avant de lever mon menton vers lui, pour lui faire face. « Il est nocif Dawn. » Ses yeux étaient noirs, alertes. « Autant pour les autres, que pour lui-même. »

J’ignore s’il le remarqua, mais ces quelques mots, probablement inoffensifs pour lui, rendirent mon malaise lourd, lourd, très lourd, trop lourd à porter. J’hochai distraitement la tête, la détournant du mieux que je pu, et passai le reste du repas à rejouer la scène encore et encore. Nocif. Nocive. Pour les autres. Pour lui-même. Pour les autres. Pour elle-même.


▶▶▶▶▶


Il me retint. Je l’avais demandé, je l’avais imploré presque, à demi-mot, après avoir pris le pouls de ce à quoi ressemblerait ma vie maintenant. Personne ne me l’avait imposé, personne ne m’y avait forcé, mais j’avais pris le choix par défaut, j’avais accepté par faiblesse, par crainte, par craintes, nombreuses, incapable de recommencer de zéro. Incapable de refuser. Incapable de revoir ce regard sur son visage, le sien, mais pensant à l’autre. Toujours à l’autre. J’avais mal. J’avais cette sensation de vide pesant, de douleur absente, qui me rongeait depuis le non, depuis le oui. Je n’esquissai pas même un seul mouvement de recul, lasse de devoir jouer, de devoir feindre encore et toujours. À quoi bon? Il était probablement l’une des seules personnes ici avec qui je pourrais être honnête, un peu. Au-delà de moi-même. « La bibliothèque du premier étage ; si tu souhaites un peu de solitude, personne ne viendra te chercher là-haut.  » Solitude. La blague. Son index suivit le tracé de mon poignet, me retenant encore un peu, suffisamment pour que je sente passer un ange, deux fort probablement. Je souhaitais être seule, mais je m’évitais moi-même depuis tellement longtemps. Son souffle rauque rejoignit le mien au moment où je me détachais de nouveau, interdite. Il n’avait pas plus envie que moi de s’isoler, pourtant, il s’était prononcé comme s’il connaissait la suite par cœur, comme si son refuge et encore était devenu une habitude, la sienne. Que j’avais brimé en trépassant, en voulant en savoir plus, en lui demandant de but en blanc. Il lâche sa poigne, m’occasionnant un léger déséquilibre, avant de porter son attention ailleurs comme si je n’avais même pas été là, de suite, ici. Ses yeux, ses traits. J’avais voulu garder mes distances, éviter à même de plonger dans peu importe ce qu’il tentait de camoufler derrière sa coquille mais j’y reconnaissais trop, je voyais plus que je ne l’aurais dû et il fallu une touche de Sinatra pour que je reconquiers mes esprits et me retrouve à quelques pas déjà d’Aidan.  Sa carrure imposante m’attira un peu plus près de lui, m’accordant un bref sourire avant de retourner à la discussion animée qu’il partageait avec le médecin de la famille, invité à célébrer Thanksgiving à même les Appleby depuis plusieurs années déjà. Politique, économie, affaires étrangères, je sentis mon esprit dériver vers les toiles ornant la salle familiale, seul repère, seul ancrage que je pu trouver pour garder mon esprit ailleurs, toujours. On me resservit une coupe de champagne, on me tendit un plateau de bouchées aux diverses couleurs, grillées pour la plupart, que je refusai poliment sous les regards interrogatifs des quelques hommes en costards nous ayant rejoint. Regards que je connaissais par cœur. J’assume, j’inspire, je souris même, et tend la main gauche lorsqu’on me la demande, invasion de ma bulle, de mon intimité encore et toujours, étalage de ma vie que je ne ressens même plus, les joues engourdies par l’alcool qui fait son effet sur mon estomac vide. Depuis si longtemps déjà. La silhouette effacée d’Isaac attire mon attention même s’il ne sent pas mon regard dévier vers lui. La bibliothèque. Aussi attirante ait été sa proposition, je ne me sens pas encore la force d’excuser une absence lourde de sens. Pas tout de suite du moins. Pas maintenant.


▶▶▶▶▶


Il faisait froid, si froid. L’une des premières nuits de janvier où la température aurait facilement pu vous clouer sur place tellement elle était aiguë. J’avais remarqué les quelques flocons qui avaient recouvert d’une fine couche notre jardin dans la volée. J’avais voulu m’y arrêter, les admirer un peu, les coucher sur papier même. La neige. J’adorais la neige, aussi minime soit elle, aussi absente. Douce, froide, mais immaculée. Belle, propre. Les larmes avaient commencé à couler à ce moment-là, aussi. Un instant, tout petit, la beauté dans l’imperfection, dans l’absence surtout. La fenêtre me lorgnait, me narguait, me dominait et j’osais à peine la croiser, l’imaginer, la revoir. J’étais partie, laissant empreintes sur empreintes dans un jardin qui à l’aube aurait tout oublié, alors que je passerais les prochains mois, les prochaines années à ressasser la scène encore et encore, à rejouer en boucle, à ressentir la brise frigorifiante glacer mes joues, à respirer l’air asphyxiant, l’air dont j’avais tellement besoin, l’air que je gardais pour moi, seulement pour moi. J’étais incapable de revoir son visage, caché, suppliant, endormi, calme. Doux. J’étais incapable de laisser mon esprit y revenir aussi, tout au long du trajet. À lui, à nous, aux flocons miraculeux, au jardin, à la bague, au refus, aux larmes, au départ. Mes yeux rougis, bouffis, n’arrivaient même plus à distinguer le vrai du faux lorsque le véhicule s’immobilisa, lorsqu’il repartit de suite, lorsqu’il s’immobilisa encore. Des silhouettes, des visages, des regards, des paroles. Une brume constante, lourde, épaisse, qui m’enveloppait de plus en plus, dans ses bras rassurants, chaleureux, humains. L’absence, l’étouffement, l’oubli surtout, la pression, toujours, la respiration saccadée maintenant. Les jambes ramenées au cœur, les bras serrés, si serrés. Les kilomètres, la pluie, le vent, le soleil. Les larmes maintenant, et ensuite. Le sommeil qui s’effrite, l’appétit qui s’envole, son souvenir qui s’estompe. Comme un cliché brûlé par trop de lumière. Brûlé.

Par trop de noirceur.


▶▶▶▶▶

Les souvenirs étalés aux murs avaient eu tôt fait de m’attirer à travers les couloirs de l’immense maison des grands-parents d’Aidan. Excusée par l’appel annuel que ma mère tenait à maintenir, j’avais pu déposer un baiser rapide sur les lèvres désireuses de mon fiancé, armées d’une patience que je ne reconnaissais même plus envers ma retenue, pour finalement quitter le brouhaha de la réception. Je finis par retrouver le silence, le calme, les marques d’une enfance, d’une vie, de bonheurs, tapissant tout ce sur quoi mon attention se posait au fil des pas. L’escalier m’invita à l’étage supérieur, là où d’autres toiles encore ponctuaient les passages, où je me perdis à travers un Renoir, un Manet, un Degas. Probablement des originaux, au vue de la valeur de la maison en elle-même mais je ne m’y arrêtai même pas, préférant tourner la première poignée qui me sembla invitante, pousser du revers de l’épaule cette porte qui m’accueillait doucement. La bibliothèque, stoïque, silencieuse, enveloppante, qui m’attirait déjà. L’odeur des romans, l’impression de s’y cacher, d’y être avalée un peu aussi. À travers les histoires d’autres, qui avaient réussi, qui avaient réussi à avoir une fin heureuse, ou alors simplement, à assumer leur fin peu importe celle qu’on leur aurait attribuée. Parce qu’aucun autre choix n’était possible. Parce qu’au final, l’imagination et le sort étaient incertains, déjà déterminés, déjà coulés. « Tu as réussi à te défaire des griffes de ton prince ? Je me demandais justement combien de temps tu arriverais à tenir cette mascarade. » L’ombre d’Isaac se révèle un peu plus, m’arrachant un sursaut au passage, alors qu’il s’approche de moi, intéressé, intriguant. J’ai envie de lui demander pourquoi il s’en inquiétait, pourquoi il n’avait qu’accordé la moindre pensée à ce qui pouvait me toucher de près ou de loin. L’inconnue, la fiancée, l’imposteure, surtout. Comme s’il lisait dans tout ce que mes yeux avaient à dire, il fait un pas supplémentaire, soufflant, distrait. « Il y a quelque chose qui me fascine chez toi - je n'arrive pas à mettre le doigt dessus.  » Je prends appui sur la chaise massive de cuir qui par miracle est à mes côtés, sentant la bouffée de sa cigarette s’immiscer jusqu’à moi. Déstabilisée, je préfère détourner le regard, ne remarquant pas qu’il diminue encore de plusieurs centimètres notre distance. « Et s’il n’y avait rien de fascinant du tout?  » Ma voix, étrangement plus solide que ce que la sensation constante de faiblesse que je ressens depuis trop longtemps pour faire le compte renchérit. « Et si ce n’était qu’un masque, qu’une idée, qu’une impression?  » Pâle, pâle, presque diluée. Aucune fascination à avoir, non. Je n’avais rien de bien glorieux à exposer pour le prouver de toute façon. Mes prunelles suivent le trajet de sa main qui s’approche près, trop près de ma joue, caressant aux mêmes endroits où Aidan est déjà allé tant de fois. Moments où j’avais évité, si fort, de faiblir. Comme maintenant. « Quel est ton secret ? Dis-moi pourquoi tu es ici, plutôt qu'avec eux - avec lui. Avec moi qui plus est. J'imagine que l'on a prévenu en long et en large de ne pas trainer avec moi, qu'on a dit de moi que je ne suis pas recommandable, ce qui est tout à fait vrai. Ceci dit, tu es là. Exactement où je voulais que tu sois. De quoi te caches-tu ?  »

Mon secret. Le sien aussi, un peu. Nos démons, nos histoires, nos regrets, nos doutes. Je maintiens son regard encore un peu, aussi longtemps que je suis en mesure de retenir la brûlure distincte que ses yeux s’adonnent à percer à même les miens. « Si je te disais que je me cache de moi-même, ce serait trop cliché, peut-être?  » Je sens sa respiration accélérer, son haleine embaumant l’alcool et réveillant le peu de sens qui me restaient encore. « De celle qu’ils veulent que je sois plutôt, tiens. Ça, ça a un peu plus de sens.  » J’inspire, ferme les yeux, coupe le contact pour quelques secondes seulement avant de revenir à la charge, le ton plus bas, murmurant presque. « De celle qu’il veut que je sois aussi. Surtout.  » J’ignore où j’en suis lorsque je finis par tendre la main faiblement vers son verre, le prenant sans même insister, sans même douter, et en goûtant le contenu. La sensation de brûlure continue mais au moins, elle rassure un peu. Elle annihile, en mieux. « J’ai l’impression que ton secret à toi n’est pas si loin du mien, je me trompe?  » La tension encore improbable monte d’un cran, de deux, de mille avant que je lui retende son dû et que je m’éloigne, volage, l’intérêt partagé entre Poe et Baudelaire. « Fuir ma famille pour en fuir une autre, ça tire de l’habitude.  » Je parle bas, tout bas, presque imperceptiblement, presque en un souffle. Fuir.




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We are, we are revolving chemistry. Love has taken us as far as we can reach, but I can't leave. Holding on to what we used to be. We are, we are in-love enemies. We are sentimental slaves on broken knees. We're on empty. We were, we were one identity. We. ©️endlesslove.
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