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Electric feel (Helena O'Queen)
Invité

Mer 17 Juin - 18:33



    Drapée dans l’obscur voile d’une nuit sans étoiles, L.A. prend vie, s’éveille. Même calfeutré entre les murs de mon bureau, je pouvais entendre la ville s’enivrer de l’agitation nocturne qu’il était coutumier de vivre un samedi soir, ici, dans les entrailles du vice. Cette douce folie s’emparait de moi, aussi, et j’assistais, au travers des volets, au réveil de mon espèce. Impossible de resté ici plus longtemps, et ce en dépit des hectolitres de café englouti, et de toute la meilleure volonté du monde. En dissonance avec l’extérieur, le cabinet était lui cerné par la pénombre absolue. J’étais l’unique et dernière trace de vie encore perceptible dans les locaux Penrose&Sons, le seul masochiste à vouloir éplucher un dossier à vingt trois heures, en fin de semaine. S’il n’y avait pas eu ma femme et mes filles, symboles de ma bonne conscience, nul doute que les lumières de mon bureau auraient brillées jusqu’à l’aurore. Et pourtant, il fallait coûte que coûte que je coince ce fumier, ce pourri de Woliensky. Ce politicard véreux, aux penchants sordides, ne méritait pas de respirer les effluves de la liberté. Sur mon plan de travail trônait un amas de paperasses à l’effigie de cette affaire, un paquet administratif littéralement imbuvable, qui, arrivé minuit, n’avait plus le moindre sens dans mon esprit embrumé. Il était temps de lever les voiles. Mes filles dormaient, je supposais, mais pour Lisbeth, j’imaginais déjà ses foudres s’abattent sur mon triste sort d’avocat, à peine mes pieds franchiront le seuil. Elle avait l’habitude, mais se plaignait régulièrement de cette emprise étouffante de mon travail sur notre de vie famille. J’étais d’accord. Comment ne pas l’être. J’aimais les miens, j’aimais mon job. Mon existence était semblable à celle d’un équilibriste : celui d’un homme sur la corde raide, tiré par deux forces, le regard droit sur l’horizon pour éviter la chute.

    Dehors, l’air était emprunt de cette atmosphère orageuse si commune à cet endroit. L’impression que le ciel va se renfermer, s’écrouler, à la lettre, sur nos âmes en perdition. Mais en général, rien de tout ça ne se passait. Pas la moindre goutte, par le moindre éclair ; juste une chaleur foutrement saisissante, paralysante, un rappel à ceux qui tenterait de fuir. Une chaleur assommante, qui me confortait dans l’idée de vouloir déserter le centre, le parcourir pied au plancher, et retrouver le plus tôt possible le corps de ma femme nue dissimulé sous le satin. On a tous le droit de rêver, je suppose. Et puis, cette fugace hypothèse s’évaporait bien vite lorsque que je réalisais l’état de mes pneus. Les quatre, crevés. Les yeux au ciel, je prie un temps pour que cette journée n’ait jamais eu lieue. L.A réservait son lot de surprises. Même si c’était plutôt rare, dans ce quartier, pas vraiment le plus réputé pour ses actes de vandalismes. Forcément, il fallait que ça arrive ce soir, et sur ma voiture. Téléphone en main, j’arpentais alors l’artère principale, bordée d’innombrables cafés, et autres commerces, certains encore ouverts. Un premier message pour Lisbeth, pour lui dire de ne pas se faire de mouron,  et que j’allais rentrer encore un plus tard que prévu. Elle sera ravie, assurément. Puis un appel à la première ligne de taxi proposée sur Google. Puis un autre, et encore un autre. Los Angeles, deuxième ville des Etats-Unis, et pas le moindre chauffeur de disponible un samedi soir ? Sale temps pour les chats noirs …

    La patience ne faisait pas partie de mes vertus. Il fallait que je trouve quelque chose pour défier les minutes. Sans cesser mes tentatives de connexion pour trouver un pilote, j’observais les environs de ce quartier que je connaissais tant. Seven Grand dégoulinait encore de monde, les gens s’y agglutinaient tels des sangsues en quête de chaleur humaine. Au travers des vitrines des cafés, certains étaient à la recherche d’un peu plus d’intimité, convaincus qu’il n’y avait pas d’heure pour la tarte à la myrtille, ou pour le cheese-cake. Je fermais les paupières un instant. Je pensais à ma satanée bagnole, à mon affaire Woliensky, aux sourires de mes filles, et à la douceur de ma femme. Je pensais à tout, avec confusion. Mal de crâne, nuit interminable.
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Invité

Jeu 18 Juin - 15:05
Je n'avais plus l'habitude de ces samedis soirs électriques. J'avais grandi à New York, la ville qui ne dort jamais, je l'avais écumée de long en large jusqu'aux petites heures du matin dès que j'en avais eu l'âge et même avant, j'avais connu le piquant, l'exaltant de ces nuits électriques qui n'en finissent plus et des paupières qui n'ont pas le temps de s'alourdir qu'on les soigne déjà à coup de danse, de rires, de verres, de vie. Mais celle-là, la mienne, avait pris peu à peu une autre direction, loin des amis qu'on ne veut plus quitter, loin de cette jeunesse qu'on célèbre jusqu'à l'excès, loin de cette insouciance qui rend tout si simple et si léger. Une vie d'étudiante sérieuse mais pas moins savourée dans le dos, l'ébauche d'une carrière idéale comme ligne d'horizon, j'avais quitté New York, ses lumières, ses repères, je m'étais lancée corps et âme dans l'avenir et les nuits fiévreuses et leurs piqûres de folie avaient cédé leur place au fil du temps aux paperasses, aux affaires, au métier. Ca ne m'avait jamais réellement affecté, je ne saurais même pas dire si je m'en étais rendue compte ; je m'étais toujours sentie à l'aise dans la solitude, mon boulot me passionnait et mon ambition, connue de tous, me poussait à en vouloir toujours plus, toujours mieux. Je n'avais pas la vie sociale qu'on enviait le plus ou le rythme de vie le plus revigorant, éclatant, explosif - quoique, si l'on regardait le sens premier de ce terme... Je m'étais probablement coupée d'un certain monde, mais j'en avais gagné un autre et j'y avais ainsi trouvé une certaine stabilité. Certains pourraient la remettre en doute, mais, à moi, elle me convenait parfaitement. Alors, m'installer en Californie, plonger la tête la première dans le tourbillon incessant des anges de la Cité qui porte leur nom et redécouvrir une façon de vivre qui n'était plus la mienne depuis quelques années avait le mérite de me laisser un peu troublée. Ici, tout était brillant, multicolore, pétillant - à l'image des gens qui y évoluaient, la ville semblait constamment vous appeler, vous pousser à la célébration de tout et de rien, du soleil trop chaud, de l'alcool qui coule à flot, des musiques qui s'enchaînent et qui s'empiètent. J'errais dans les avenues du centre-ville dès les premières heures du soir et je n'avais pu qu'assister au ballet des âmes qui se retrouvent, des fêtards qui se révèlent et qui viennent enterrer une semaine de travail, d'ennui, de monotonie comme ils savent si bien le faire.

J'avais rendez-vous avec Dawn, l'amie inattendue, l'amie qui s'était faite attendre - l'amie qui n'était pas venue. J'avais survolé son message de désistement d'un regard rapide, sans porter trop d'attention aux mots qui n'en disaient de toute manière pas beaucoup, sinon qu'elle était désolée et que l'on remettrait notre soirée à une autre fois. Je ne lui en tenais pas rigueur : elle s'était proposée à me faire découvrir cette ville nouvelle et rien ne pressait, je n'étais en Californie que depuis peu de temps et, pour une fois, j'avais l'assurance d'y rester, au moins un certain temps. En revanche, je me retrouvais seule à Downtown sans ne plus avoir de but et j'étais convaincue que je peinerais à m'en trouver un - cependant, j'ai continué à déambuler le long des trottoirs. Il y avait quelque chose de confortable à évoluer dans cette atmosphere dans laquelle je ne me fondais pourtant pas, c'était comme se mêler à une foule et ne pas en faire partie d'un même temps, effleurer l'euphorie des autres et entretenir sa propre sérénité d'une même mesure. Croiser des regards et les oublier l'instant d'après, découvrir des lieux qu'on ne voit pas de jour et qui s'illuminent de nuit, respirer, un bon coup - ça avait du bon, vraiment. Et puis, au détour d'une rue, j'étais tombée sur deux visages connus, deux visages qui semblaient à deux doigts de s'amocher, deux visages qui se sont fendus en sourires à l'instant où mon regard a croisé les leurs - Leo et Parker, tantôt menaçants tantôt hilares, un parfum d'éthanol prononcé qui s'élevait à chacun de leurs gestes, l'équilibre mal assuré, les yeux qui scintillent et les syllabes brouillonnes. Je m'étais laissée entrainer par eux, sans vraiment avoir mon mot à dire, pour être honnête ; mais je n'étais pas d'humeur à jouer la résistance et leur enjouement, quoiqu'un peu alcoolisé, était on ne peut plus communicatif. Je les avais donc suivi dans leur quête aux saveurs de frites et de burgers, et on nous étions entrés dans un fast food sur Main Street. Leo avait le regard lourd de sous-entendus, ceux qu'il oralisait ne brillaient pas davantage de discrétion, le rire moqueur de Parker rythmait ses pick up lines et me laissait le temps de décrocher, de temps en temps, de leur discussion que j'avais comprise comme hors de ma portée tant que je n'alignerais pas, moi aussi, quelques verres de trop. J'avais le sourcil qui se haussait de temps en temps face aux avances grasses du Whitely mais mes lèvres ne se défaisaient jamais de mon sourire pour autant, l'ambiance restait bon enfant, bon enfant bourré, mais bon enfant tout de même.

Le récit des péripéties de leur début de soirée et de celles qu'ils prévoyaient encore n'a toutefois pas su m'accrocher et, une vingtaine de minutes plus tard, je me relevais et je poussais ma chaise contre notre table, leur glissant qu'il était temps pour moi de rentrer chez mon frère, qui m'accueillait chez lui le temps que je trouve mon propre appartement - mais Parker m'attrape le bras et, le regard qui se veut  neutre mais qui bouillonne d'allégresse, il me fait comprendre que je devrais peut-être laisser passer une heure ou deux avant de rejoindre le loft de Dimitri. Il tente de paraître détaché, mais son sourire suffit à le trahir ; il doit avoir vu mon jumeau rentrer chez lui entre de bonnes mains et il veille clairement à remplir ses obligations de meilleur ami. Alors, vaincue, je lâche un soupir faiblard et mes doigts piochent une cigarette dans le paquet posé sur la table comme seule compensation, avant que je ne prenne la direction de la sortie, un marmonnement comme quoi j'allais prendre l'air dans le dos. La porte du restaurant passée, je me mêle aux quelques fumeurs le temps de trouver une flamme et qu'une première bouffée de fumée vienne caresser le bout de ma langue, et puis, je m'en détache, les bras croisés, leur préférant le trottoir et ses passants, ses vitrines, ses curiosités. Je déambule sur quelques mètres, à gauche, à droite, je laisse mon regard balayer la rue et son animation, et puis, mes prunelles se crochent à une silhouette, un peu plus loin. Elle aurait pu se noyer dans la masse mais elle ne fait que s'en détacher : un sourire qui fuse au coin de mes lèvres, je reconnais bientôt Daniel. Je parcoure la distance qui nous sépare sans y penser à deux fois ; notre dernière rencontre et les souvenirs de cette nuit dans la Capitale mériterait pourtant la réflexion, mais elle me file entre les doigts avant même que je n'y songe. J'arrive à sa hauteur et ma main vient effleurer son bras pour ne pas le surprendre de ma seule voix qui s'élève un instant plus tard, ou simplement parce que je ne pouvais pas m'en empêcher - j'ignore cette seconde option et je laisse mon sourire s'agrandir lorsqu'il tourne la tête vers moi. « Hey, Daniel ! » Mon ton se veut fluet, jovial, détaché - mon regard papillonne et puis je m'approche pour une étreinte qui se veut de bon goût, conventionnelle, mais qui semble refléter un petit quelque chose de plus, d'inédit, d'incertain. Elle n'en devient que plus brève et je recule d'un pas, mon regard s'échappe distraitement sur les alentours le temps que mon sourire s'affine et puis il vrille à la hauteur du sien, électrique, défiant toute once d'embarras d'y prendre place. « Qu'est-ce que tu fais là ? » La question semble mal choisie de ma part - sa famille, au contraire de la mienne, venait de ce bout du pays et il y habitait aux dernières nouvelles, je le savais bien, mais ce point avait dû se perdre dans un coin de ma tête au moment où j'avais décidé de rejoindre mon frère sur la côte ouest. Consciemment ou non... Peu importe. Je garde mon flegme, mon sourire et l'éclat de mes iris - il en fallait plus pâtir à mon aplomb.  
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