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(sawyer) l'avenir a le don d'arriver sans prévenir
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Mar 30 Déc - 16:30
Tout a changé. Tout, sauf moi. Dans une société en perpétuelle évolution, j’suis toujours le même. J’ai quitté mes amis, ma famille, j’espérais peut-être combler quelque-chose en moi, j’voulais devenir comme tous les autres. Arrêter de me sentir constamment désorienté. Trouver une raison d’me battre, de continuer à avancer dans une vie qui jusque-là m’a ôté tout ce qu’elle m’a apporté de bon. J’ai peur de lâcher prise et d’abandonner la lutte, parce que j’en ai marre d’être ce que je suis. Ydraÿs, Luca, Max, Caro, Sophie… Will. Ils me détestent tous. Et c’est exactement ce que j’espérais. J’imaginais que ça rendrait mon départ plus facile à accepter pour eux comme pour moi. Et parfois, quand j’traîne trop longtemps sur l’ordi, j’vais voir ce qu’ils deviennent. Chacun a repris sa route, ils sont retournés en cours, ils sont passés outre la douleur et ont décidé de rester soudés pour ne pas oublier ce qu’on était autrefois. Alors ils postent tout un tas de photos, ils me crient leur bonheur à travers l’Atlantique, ils s’arrangent pour que je ne rate rien de leurs merveilleuses soirées entre amis. Et moi, j’suis là, comme un con, à attendre le miracle qui donnera un semblant d’intérêt à mes journées. L’excitation d’un pays nouveau est retombée depuis quelques jours déjà, il a fallu que je m’occupe de mon inscription à la fac. Tardivement, l’administration a accepté ma candidature et c’est aujourd’hui que je suivrai mes premiers cours. Cette journée s’annonce particulièrement longue, mais j’imagine qu’il va me falloir l’affronter tout comme les précédentes.
Avant même que je n’aie le temps de m’en apercevoir, je suis devant les grands bâtiments de briques rouges de la faculté. Une véritable fourmilière s’affaire sous mes yeux et je reste planté là sans trop savoir c’que j’fous là. Soudain, tout me semble beaucoup plus difficile. Marcher, écouter, respirer. L’air que j’inspire a un goût amer, personne ne sera là pour m’accueillir à bras ouverts comme ils l’ont fait l’année dernière. Je prends pleinement conscience de la solitude qui pèse sur mes épaules, et elle s’alourdit au fil des secondes qui passent. J’arrive à grande peine à trouver l’amphithéâtre dans lequel a lieu mon premier cours. Droit et cinéma. Définitivement pas la matière que je préfère, mais elle compte pour beaucoup lors des examens de fin d’année. Et j’ai déjà accumulé quelques semaines de retard, il faudra d’ailleurs que je me débrouille pour récupérer tous les cours auxquels je n’ai pas pu assister. Il me faut quelques minutes pour trouver mon chemin dans le dédale d’édifices tous plus impressionnants les uns que les autres. Les universités françaises ont un charme certain mais elles ne ressemblent rien aux universités américaines, où l’on sent toute l’opulence des familles fondatrices qui se sont donnés un mal de chien pour qu’on se souvienne de leur immense fortune bien après leur mort.
Quand je passe les portes de l’amphi, le cours a déjà commencé. Le professeur, ainsi que certains élèves trop sérieux me jettent un regard désapprobateur que j’esquive sans éprouver la moindre culpabilité. La pièce est bondée de monde, et j’ai du mal à trouver un siège de libre. Tout au fond de la salle se trouve une rangée quasi-inoccupée et mon choix se porte sur une place à côté d’un jeune étudiant auquel je n’accorde aucune attention. Je sors mes affaires, une feuille de papier et un crayon et j’essaie de me concentrer au mieux pour réussir à saisir l’enseignement en cours de route. Un peu perdu, je griffonne quelques mots sans vraiment comprendre ce que j’écris. C’est entre deux définitions un peu obscures à mon sens que mon téléphone vibre dans ma poche. Agacé, je vérifie rapidement qui me dérange dans mes résolutions d’étudiant studieux mais le nom qui s’affiche m’ôte très vite toute bonne volonté de me plonger dans le cours. « Tu m’manques. » Malgré moi, un sourire niais s’installe sur mes lèvres avant de me rendre compte que ce n’est pas la bonne attitude à adopter. Je soupire un moment et secoue la tête avant de ranger mon portable pour tenter vainement de ne plus penser à ce crétin qui m’obsède d’une manière tout à fait inédite. Il va vraiment falloir que je trouve à m’occuper autrement. Pour l’heure, je cherche à m’évader dans la connaissance que le prof’ essaie vainement de transmettre à ses élèves parfaitement désintéressés. Mais n’ayant pas suivi depuis quelques minutes, j’ai du mal à retrouver le rythme, d’autant que la langue est aussi une barrière importante. Je parle anglais couramment mais certains termes sont assez spécifiques au domaine cinématographique, si bien que je perds totalement le fil. Je n’ai jamais été vraiment assidu au niveau scolaire, sans être pour autant un cancre. Le cinéma est une véritable passion à mes yeux, j’ai toujours envie d’en apprendre plus sur le sujet et je suis heureux de pouvoir avoir le point de vue américain, ce qui indéniablement me donnera un avantage dans ma future vie professionnelle. Les programmes sont tous deux très différents mais ils comportent chacun des matières particulières et c’est encore une fois à moi de m’adapter pour obtenir mon diplôme. Et pour cela, il va me falloir prendre sur moi. Un peu hésitant, je finis par me tourner vers mon voisin de table. « Hey, tu veux bien me passer ton cours vite fait ? J’suis un peu perdu, c’est le premier cours auquel j’assiste ici. » dis-je comme pour justifier mon manque d’attention évident pour ce qui se passe sur l’estrade. Il ne me répond pas tout de suite, et j’hausse un sourcil interrogateur. Est-ce si mal vu dans ce pays de demander un peu d’aide ? Je n’ai pourtant pas l’impression de l’avoir froissé, mais il semble perturbé et j’ignore pour quelle raison. Un peu inquiet à l’idée qu’il me refuse l’accès à ses cours dont j’ai cruellement besoin, je décide de tenter une pointe d’humour pour détendre l’atmosphère. « Promis j’te les rends hein, j’ai pas l’intention d’te les voler. »
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Mer 31 Déc - 11:05

a blast from the past.
andrea & sawyer

Menton dans la main, tu t’évertues à suivre ton cours mais rien n’y fait. Tu n’y arrives pas. C’est même plus fort que toi – il faut que tu penses à lui. Lui, lui, et encore lui. Toujours lui. C’est insupportable, c’est inévitable. C’est insoutenable. Tu as juste l’envie de t’arracher la tête, de hurler jusqu’à te briser les cordes vocales. Depuis ce matin où tu as lâchement fui son loft de Playa del Rey, c’est comme si son image s’était inscrite sur ta rétine à l’encre indélébile. Il est là, juste devant tes yeux. Tu revois son regard océan dans lequel tu te noies, son sourire te fait frissonner, son parfum t’enivre. Il te rend fou, complètement fou. Et puis il y a ses messages qui te rappellent à lui. Et toi qui regardes ton téléphone portable toutes les cinq secondes pour voir s’il n’a pas donné de nouvelle. Et quelle est cette piqûre de déception qui se plante dans ton cœur à chaque fois que tu remarques le vide et le silence qu’il laisse planer entre vous ? Tu es pathétique. Tout cela est pathétique. Parce que ça ne devrait pas t’affecter autant, parce que tu ne devrais pas penser à lui autant. Parce que tu devrais juste mener ta vie comme tu l’entends et ne pas laisser ton passé te rattraper. Mais c’est plus facile à dire qu’à faire parce que depuis tes retrouvailles avec Alan, ton passé était comme une grande main t’agrippant de toutes ses forces. Et tu détestes la sensation de revenir en arrière, de ne plus pouvoir avancer. D’être prisonnier de souvenirs trop douloureux, trop tristes. Tu lâches un soupir, notes deux ou trois phrases sans queue ni tête sur ta feuille à carreaux et retournes dans tes pensées. La voix de ton professeur est comme un bruit de fond dans tes oreilles qui sifflent. Le ton est monotone, tu pourrais presque t’endormir si tu n’étais pas trop préoccupé par le visage du brun qui t’obnubile. Il y a un bruit de porte qui claque, puis un silence et tout reprend, tu n’as même pas levé les yeux. Tu as simplement laissé ton stylo griffonner sur ta page, traçant des pleins et déliés en noir et blanc. Et tu passes alors la suite de ton cours à écrire le peu de mots qui arrivent jusqu’à tes oreilles et à penser à lui. Encore. Tu te dis que tu iras courir après ta journée à l’université, pour te vider la tête. Pour essayer de semer en chemin la chaleur trop brûlante qui incendie ta poitrine. Est-ce que tu pourras te défaire de la sensation de manque qui te noue le ventre depuis cette nuit-là ? Est-ce que tu pourras enlever toutes ces images pleines d’indécence qui t’embrouillent le cerveau ? Probablement pas. Tu resteras avec ce goût acide sur ta langue, avec cette nausée qui te prend aux tripes. Et en dépit de tous tes efforts, Alan reste comme une marque au fer rouge sur ta peau. Et tu le détestes. Oh bon Dieu, oui, tu le détestes. Tu le détestes d’être aussi doux, gentil. D’être aussi attirant. Tu le détestes d’être autant dans tes pensées. Tu voudrais juste retrouver la paix. Cette paix que tu as connue à ton arrivée à Los Angeles. Comme une oasis dans le désert, comme une terre promise. Comme un paradis après l’Enfer. Et voilà qu’il débarquait dans ta vie à nouveau, voilà qu’il chamboulait tout à nouveau. Comme la première fois. Comme avec Alex. Juste avant que tout ne s’effondre, juste avant que tout ne s’écroule. Et tu n’avais pas pu t’en remettre, tu n’avais jamais réussi à tourner cette page trop lourde. Est-ce que, encore une fois, tu allais devoir voir ton univers s’arrêter de tourner juste à cause d’un gringalet dans son genre ?
Lâchant un léger grognement, tu entends une voix qui s’élève près de toi. Tu mets quelques longues secondes avant de te rendre compte qu’elle s’adresse à toi et tu tournes la tête, machinalement. Avant de sentir ton cœur qui s’arrête dans ta poitrine. Comme un éclair, un flash du passé, tu vois une silhouette qui ne t’est que trop familière. Ces mêmes cheveux bruns, cette même peau un peu pâle. Avalant ta salive, tu serres les poings pour t’empêcher de trembler. Non, c’est impossible. C’est impossible qu’il soit là. Il est mort. Tu le sais. Tu l’as vu. Tu étais là, à son enterrement. Il est mort. Alors pourquoi Alex se tiendrait-il devant toi, là, en cet instant ? Un goût de bile se dépose sur tes lèvres. Tu n’as pas conscience que tu t’es arrêté de respirer, tes poumons te brûlent. Comment est-ce possible ? « Alex… tu souffles, la voix étranglée. » Tu presses les mâchoires comme pour t’empêcher de pleurer, il y a cette vague de larmes qui te brûlent les yeux. Une poigne de fer te compresse la poitrine, tu as la sensation que ta cage thoracique implose à l’intérieur de toi. Tu as la sensation de revenir des années en arrière, quand il était encore là. Le visage pâle, tu continues de le fixer. Tu te retiens de tendre le bras pour le toucher, comme pour t’assurer qu’il est bel et bien réel. Ce n’est pas Alex, pas vrai ? Ça ne peut pas être lui. C’est juste un étudiant comme tous les autres de l’université qui lui ressemble comme deux gouttes d’eau. Tu secoues la tête sans parvenir à effacer le visage d’Alex ancré sur ta rétine. Fallait-il seulement que ton passé soit aussi présent dans cette nouvelle vie ? Un passé que tu avais pourtant cherché à fuir – tu aurais peut-être dû changer de continent et pas seulement d’état ou de côte. « Hein ? Quoi ? tu lâches stupidement quand tu te rends compte que le brun t’a adressé la parole. » Tu interceptes le regard sombre posé sur tes feuilles de cours et tu suis le mouvement, bêtement. Comme un robot. « Ah, tu veux mes cours ? » La question est bête, ta voix tremble même un peu. Tu fixes tes feuilles à carreaux. Pendant une fraction de seconde, tu as l’envie de prendre tes affaires et de sortir de l’amphithéâtre mais ton corps est comme paralysé sur ta chaise. Tu avales ta salive, encore. Tout ça n’est sûrement qu’un cauchemar, un vulgaire cauchemar dont tu vas forcément te réveiller. « D’accord, pas de problème, finis-tu par marmotter tout en lui tendant quelques feuilles noircies d’encre. T’auras qu’à me demander si tu as besoin de plus d’explications. » Tu n’es pas certain de vouloir qu’il te parle, en réalité. Qu’est-ce que ça t’apporterait ? À part te plonger dans un passé terminé et définitivement révolu. À nouveau, tu t’enfermerais dans cette bulle glacée et étouffante dont tu avais tant peiné à sortir. Tu n’as jamais véritablement fait le deuil du décès de ton meilleur ami et voilà que son souvenir se matérialisait devant toi, sous tes yeux. Dans ta nouvelle vie. Tu n’es pas certain d’être prêt pour ça – comment le serais-tu d’ailleurs ? Tu ne peux pas être prêt pour ça. Tu ne peux pas être prêt à voir ton meilleur ami mort et enterré débarquer à nouveau dans ta vie. Est-ce qu’Alan l’avait déjà croisé ? Comment réagira-t-il ? Cette perte a été une véritable blessure pour vous deux. Une cicatrice qui avait à peine eu le temps de se refermer et qui venait de se rouvrir. Toi comme Alan ne pouviez pas en ressortir indemnes.
Tu fixes ton regard sur le papier devant toi, jettes de rapides coups d’œil à ton voisin qui continue de te fixer d’un air étrange. « Excuse-moi, c’est juste que… tu me rappelles quelqu’un que j’ai connu il y a très longtemps, tu avoues dans une légère grimace tordue. Et je ne m’attendais pas à le revoir ici. » Ni autre part, d’ailleurs. Comment aurais-tu pu le croiser une nouvelle fois ? Alex était mort. Il s’était suicidé, te laissant seul et sans soutien. Te laissant avec un vide dans la poitrine, une amertume dans la bouche et la rage au ventre. Ce serait si facile de te persuader qu’il s’agit d’Alex, qu’il est de retour dans ta vie et que tout peut alors recommencer entre vous. Ce serait si simple d’oublier toutes ces années de douleur et d’incompréhension. Ça te ferait du bien. Tu te sentirais mieux, pas vrai ? Tu aimerais le croire. Tu aimes à penser que tout s’arrangerait maintenant qu’il est là. Et puis, tu poses ton regard sur le dessin tatoué sur la peau de sa nuque qui ressort du col de son haut et tu tiques – tu pinces les lèvres. Non, ce n’est pas Alex. Et ça ne sera jamais Alex. Parce qu’Alex a disparu. Et il a beau lui ressembler, jamais il ne sera lui. Jamais tu ne retrouveras ton meilleur ami. Il n’est pas lui. « Alors… t’es nouveau ici, c’est ça ? tu lances avec une désinvolture feinte. Tu as un drôle d’accent, tu viens d’où ? » Tu devrais fuir, t’éloigner. Tu devrais éviter ce fantôme du passé comme pour éviter de te brûler à nouveau les ailes. Mais comme pour Alan, tu ne peux pas t’en empêcher. Comme les sirènes attiraient les marins de leurs chants mélodieux, tu es attiré par tes souvenirs d’enfance. D’adolescence. Tout te paraissait mieux avec Alex à tes côtés. Tout était plus agréable. La vie avait des couleurs – ton présent est comme en monochrome. Tu te sentais plus vivant, tout comme tu t’es senti revivre au contact d’Alan. Mais ça ne changera pourtant rien. Ça ne changera rien à ce que tu vis aujourd’hui. Ça n’atténuera pas le vide, la souffrance. Ça ne fera pas cicatriser tes plaies. Ça ne fera que te plonger un peu plus dans cet abyme sans fond qui se referme sur toi petit à petit. Tu n’es pas assez fort pour ça, tu n’es pas prêt pour ça. Tu as fui New York pour tirer un trait sur ton passé et voilà qu’il te rattrape aujourd’hui. Tu n’as pas le courage nécessaire pour l’affronter – preuve en est, tu as fui Alan après votre nuit. Tu es lâche, tu l’as toujours été. Comment pourrais-tu être capable de vivre normalement en sachant que la copie conforme de ton ancien meilleur ami sera là pour te hanter ? Qu’est-ce qu’Alan dira ? Est-ce que tu dois lui en parler ? Tant de questions qui se bousculent ; tant de réponses qui ne viennent pas.

© electric bird.

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Jeu 1 Jan - 2:28
Tout l’amphithéâtre semblait boire les paroles de ce cher professeur, les étudiants assidus prenaient des notes qu’ils rangeraient dans un tiroir jusqu’aux examens de fin d’année, quand ils réaliseraient qu’ils avaient pris un retard phénoménal sur leurs révisions. Alors j’essayais de les imiter, c’était très certainement la meilleure attitude à adopter mais eux n’avaient pas le problème de la langue et des dizaines de cours manqués. Par moment, je me demandais si ce n’était pas un risque trop important à prendre de quitter l’université pour tout recommencer à l’autre bout du monde. Au-delà de ces vagues et futiles préoccupations purement scolaires, je ressentais le mal du pays de plus en plus violemment. Les galettes, crêpes, les douces effluves de la rue de la Soif, l’hospitalité naturelle des bretons en général. A Los Angeles, tout était trop grand, trop lumineux, trop exagéré et je n’arrivais pas encore à trouver ma place au sein d’une société constamment sous antidépresseurs. Heureusement, j’avais eu l’occasion de découvrir quelques aspects plus sombres de la fameuse cité des Anges. Les rêves brisés et les désillusions étaient monnaie courante par ici et nombreux étaient ceux qui comme moi avaient tout laissé derrière eux en espérant enterrer les démons de leur passé. Mon démon à moi, il s’appelait William, et il hantait les couloirs de mon esprit, se faisant toujours plus présent chaque fois que je tentais de l’en chasser. Parfois, c’était un simple message de sa part qui me ramenait aux instants privilégiés que nous avions partagés. Une clope sur le rebord d’une fenêtre, des confidences tardives, quelques gestes teintés d’une ambiguïté à peine voilée… Sûrement que j’aurai dû me battre pour entretenir la flamme qui nous avait brûlés tous les deux, mais j’avais pris peur. Il me mettait en danger, avec ses grands yeux noisette et son sourire rieur, et je ne supportais pas de me sentir aussi vulnérable quand j’étais avec lui. Alors comme ça j’lui manquais… Il n’avait pourtant rien fait pour me retenir. Il s’était contenté de me regarder partir sans un mot, il n’avait pas protesté. Ce jour-là, je n’avais même pas pu le prendre dans mes bras. Alors, dans la voiture, j’avais essayé de me souvenir de son odeur, du son de sa voix, de c’que j’ressentais quand il me frôlait de façon presque imperceptible, mais j’avais dû me rendre à l’évidence. J’allais oublier. C’était inévitable, comme le temps qui passe, les images s’étiolent au fil des mois et un jour, seul son prénom m’évoquerait quelques heureux moments. Et je pouvais toujours noyer mon chagrin dans une boisson alcoolisée de mon choix, rien n’atténuerait le manque qui déchirait mon âme. Les cours m’offraient une distraction appréciable cependant et je profitais de la légèreté des enjeux pour reposer un peu la colère qui s’était insinuée en moi tel un véritable poison. Le contexte historique des années soixante et son impact sur le septième art n’avaient en soit rien de franchement passionnant, et la bonne majorité des élèves s’était peut-être déjà endormie sous l’effet assommant des définitions interminables dictées par la voie morne du professeur.
Mais parce que j’étais incapable de suivre, à m’enfoncer dans les méandres de mon esprit tordu et meurtri, j’avais décroché le temps de quelques minutes, juste assez pour perdre totalement le fil. Malgré tout, je gardais l’espoir fou de faire de cette année une réussite et j’avais bien l’intention de mettre toutes les chances de mon côté. A contrecœur, je me tournai vers mon voisin, songeant que celui-ci était peut-être un peu plus studieux que moi. J’osai donc lui demander de me prêter sa feuille afin que je puisse rattraper les phrases que j’avais loupées, mais ma question déclencha en lui une réaction pour le moins inattendue. D’abord, il parut être en pleine hallucination ; j’ignorais ce que j’avais pu dire ou faire pour le mettre dans un tel état et j’espérais bien n’être pas la cause de son malaise. Soit j’étais tombé sur le type le plus bizarre de cet amphithéâtre, soit j’avais longtemps sous-estimé mon charme inné. Ses yeux brillaient soudain d’un éclat étrange, j’étais suspendu à ses lèvres dans l’attente d’une réponse, d’une explication quelconque. Il mit un temps fou à souffler un simple mot, un prénom, qui, à en croire sa voix brisée, devait être celui d’une personne qui lui était chère. Il me fixa durant de longues secondes, qui s’écoulèrent à une lenteur éprouvante pour lui comme pour moi. Il avala sa salive plusieurs fois, puisant dans ses dernières ressources pour m’adresser la parole. Tremblant de peine, je le prenais presque en pitié à le savoir aussi las, fatigué, vidé de toute énergie qu’il avait mise en œuvre pour affronter notre rencontre. Il n’avait visiblement pas accordé toute l’attention que méritait mon personnage et je doutai un moment qu’il me fasse répéter. Aussi ne fus-je pas surpris de l’entendre accepter ma requête, il ne semblait de toute façon pas à même de me refuser quoi que ce soit. « Merci, c’est sympa. » Peut-être qu’il voulait rattraper la première impression catastrophique qu’il me laissait, parce qu’il me proposa ensuite de me fournir de plus amples explications si besoin. Si cela pouvait m’offrir l’opportunité de l’observer une fois de plus dans toute la splendeur de sa névrose, j’étais partant. Je hochai doucement la tête d’un bref sourire et après une incartade sur ses lèvres, je reportai mon regard dans l’ambre de ses yeux. Il m’avoua finalement la cause de son trouble : j’avais subtilisé les traits de l’une de ses connaissances, j’en déduisis facilement que ce devait être une personne dont il avait été proche pour dramatiser de la sorte. « Quelqu’un qui te manque, visiblement. » Je ne pouvais pas m’en empêcher. Toujours à frapper là où ça fait mal et à achever un homme à terre. Je laissai planer un silence volontairement gênant, persuadé qu’il aurait besoin de temps pour admettre que j’avais tout vu de son bouleversement. Je me surpris soudain à imaginer le genre de relation que mon camarade de classe entretenait avec mon double et j’étais presque sûr de ne pas me tromper en avançant qu’il devait s’agir de sentiments profonds, sans pour autant deviner s’ils tenaient plus de l’amour ou de l’amitié. Curieux de connaître l’homme qui le perturbait autant, il m’interrogea poliment sur ma présence ici, à savoir si j’étais nouveau et soulignant mes origines étrangères. « Ouais, c’est pas facile de s’faire à ce pays. Je suis plus habitué à la classe à la française. » dis-je dans un rictus un peu moqueur, dégoûté par toute l’opulence américaine. Ce garçon m’intriguait un peu plus à chaque seconde qui passait, j’étais fasciné par sa candeur plutôt touchante. En face de moi, je voyais un enfant sans défense qui baissait bêtement sa garde parce qu’il n’avait pas la force d’encaisser l’assaut de souvenirs douloureux. Il aurait probablement fallu que je m’effondre moi aussi si la vie m’avait soumis le film insupportable de ma vie. J’avais l’impression qu’il voulait m’épargner le spectacle désolant de son attitude à entamer une discussion d’une banalité affligeante. Et peut-être que j’avais tort de préférer pousser le vice un peu plus mais il avait sans s’en apercevoir éveillé ma curiosité la plus animée. « J’suis arrivé il y a seulement deux semaines, alors j’ai encore un peu de mal à m’adapter. » En réalité, il y avait tout un tas de choses que j’aurais pu dire au sujet de ce mode de vie, mais je n’avais aucune envie de froisser mon interlocuteur après un si court échange. J’avais d’abord en tête de lui en dire plus sur moi afin qu’il se livre plus facilement à un parfait inconnu. Obnubilé par cette rencontre inhabituelle, j’en oubliais même ce pourquoi je l’avais importuné un peu plus tôt. Il ne me fallut que quelques secondes pour recopier ce dont j’avais besoin et je lui rendis sa feuille aussi vite. « J’m’appelle Andrea. » lançai-je en lui tendant solennellement la main. C’était là, et j’en prenais bien conscience, le début d’un jeu dangereux auquel j’allais assurément prendre beaucoup de plaisir, et c’était avec joie que j’accueillais ce parfait divertissement qui me permettrait de m’évader du carcan de William.
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Lun 5 Jan - 11:59

a blast from the past.
andrea & sawyer

Dire que ça ne te fait rien serait mentir. Parce que revoir ces traits si familiers est à la fois un choc et une douleur sans précédent. Il n’y a rien de pire que de revoir l’image d’Alex devant toi, en chair et en os. Jamais tu ne te serais attendu à ça, c’était impossible pour toi de croire qu’un jour tu croiserais à nouveau ton ancien meilleur ami. À tes yeux, il était mort et enterré. Définitivement parti, pour l’éternité. Et même si la page n’était pas encore entièrement tournée, ça ne changeait rien au fait qu’il était tout simplement mort. Alors pourquoi son fantôme était-il revenu te hanter, après tout ce temps ? Ce n’était pourtant pas sa voix, pas sa peau. Et il t’a fallu quelques secondes encore pour comprendre que ce n’était pas Alex. Que c’était seulement un autre étudiant lambda que tu ne connaissais pas. La gorge sèche, tu n’as pourtant pas été capable de dissimuler ton trouble. Le prénom de ton ancien meilleur ami a traversé tes lèvres. Comme un souffle glacé, comme une prière. Comme un hurlement qu’on retiendrait à l’intérieur de sa poitrine. Et ça a fait mal, très mal. Les souvenirs ont afflué, comme une vague gigantesque et glacée qui te noierait de l’intérieur. Tu n’as pas cherché à lutter, c’était vain et inutile – on ne lutte pas contre les souvenirs, aussi douloureux soient-ils. Tu aimerais pouvoir te cuirasser le cœur et ne plus être ébranlé chaque fois que sa pensée te traverse l’esprit mais tu en es encore incapable. Il te manque, il te manque beaucoup trop. Il apportait une certaine stabilité à ton quotidien, une sorte de paix intérieure qui te permettait de continuer ton chemin, de vivre sans te sentir harassé par le comportement violent de ton père et la passivité négligée de ta mère. Mais avec son décès, tout espoir de tranquillité s’était envolé et tu t’étais retrouvé seul à devoir gérer ces angoisses, cette colère. Tu t’étais retrouvé seul face à une violence sans précédent et tu n’avais pas pu faire autrement que de fuir en avant. Fuir tes parents. Il t’avait fallu beaucoup de temps pour trouver le courage de rompre les liens familiaux qui vous unissait ; il t’avait fallu une grande force pour te prendre par la main et faire ce saut dans l’inconnu. Aujourd’hui, tu n’éprouves aucun regret, aucun remord. Tu sais que c’était le mieux pour toi, que c’était ta chance de vivre pour toi et non à travers lui. Tu as conscience qu’il te reste encore beaucoup de chemin à parcourir pour être enfin libre mais c’est juste un début. Tu as bon espoir qu’un jour tu sois totalement défait de cet attachement trop virulent envers ton paternel. Tu veux y croire malgré les difficultés que tu sembles rencontrer. À croire que ton passé se fait un malin plaisir de revenir te provoquer jusqu’à Los Angeles, comme pour te ramener avec lui dans un temps dont tu ne voulais plus entendre parler. Si tu avais fini par te faire à l’idée de côtoyer Alan plus que tu ne l’aurais voulu – et plus que tu ne l’aurais pensé de prime abord – la seule pensée de devoir également faire avec la présence du sosie d’Alex était encore insupportable pour toi. Sans doute que tu arriverais à l’accepter, avec du temps, en te rendant compte qu’il était totalement différent de ton ancien meilleur ami peut-être. Tu l’espérais, en tous les cas parce que tu sais que tu serais bien incapable de survivre à une telle chose.
Tu baisses un instant le regard, te mordant la lèvre inférieure dans un tic nerveux. Si Alex te manquait ? Bien sûr. Chaque seconde de chaque minute de chaque heure de chaque putain de journée qui passait. Le manque était comme un trou béant dans ta poitrine. Et il ne fait qu’augmenter à mesure que tu penses encore à lui, que tu te rapproches d’Alan. Le tout est comme creuser sa propre tombe. « On peut dire ça comme ça, tu lâches à mi-voix sans pour autant avouer que sa phrase a été comme un coup de poing en plein dans ton estomac. Ça fait longtemps. » Une éternité. Ou bien un jour. Tout semble si confus quand tu repenses à cette époque et pourtant tu revois avec une précision affolante chaque minute de son enterrement. Tu revois son visage, l’image est comme gravée sur ta rétine à vie. Parce que ça reste si douloureux qu’il est bien difficile de laisser tes souvenirs s’envoler. S’étioler et se faner jusqu’à ne devenir que de vagues peintures floues dans le lointain. Non, tout est encore trop frais à ton esprit. Par curiosité, tu l’observes du coin de l’œil, notant mentalement chaque similitude et chaque différence d’avec Alex. Il lui ressemble tant et il est en même temps si différent. Jamais tu n’avais vu ce genre de rictus presque mauvais sur ses lèvres – Alex était une bonne personne. Il était aussi tendre que tu pouvais te montrer violent. Et il y avait cette chaleur au fond de ses iris, une flamme que tu ne retrouves pas dans les pupilles assombries de ton camarade. Ces constatations laissent comme une saveur étrange au fond de ta gorge, comme une déception. Comme si tu avais secrètement espéré retrouver en cet étranger tout ce que tu aimais en Alex à l’époque. Mais ça ne pouvait pas être possible, il n’était pas ton meilleur ami et il ne le serait jamais, aussi semblables puissent-ils être tous les deux. Et cette vérité te frappe un peu plus à chaque fois que tu entends la voix grave à l’accent chantant. Non, ce n’est pas Alex. Et ce ne le sera jamais. « Tu es bien loin de chez toi, tu commentes sans t’offusquer de son commentaire presque injurieux à l’égard des américains – tu n’avais pas vraiment l’esprit patriote de ton père, ou plus vraiment. Moi qui pensais que traverser le continent dans toute sa largeur était déjà un exploit en soi, je dois m’avouer vaincu. » Tu as un léger sourire, un peu amusé, un peu rieur. Mais un vrai sourire qui éclaire légèrement ton regard fané. Pendant un instant, tu te demandes ce qui a pu pousser le brun à changer de pays. Tu penses à lui poser la question, par simple curiosité, mais tu te retiens de justesse en te rappelant que tu n’aimais pas parler de ça toi-même. Mais tu comprends les difficultés à s’adapter à un tout nouvel environnement. Tu étais pourtant de ce même pays et tu avais eu l’impression d’arriver sur une terre totalement inconnue. À parcourir différents états d’Amérique, tu avais rencontré bien des gens différents, des mœurs différentes. Des façons de vivre et de pensée différentes. « Tu t’y feras, laisse-toi du temps, rétorques-tu avec un haussement d’épaules. Mais disons que si tu recherchais de la ‘classe’, tu es sûrement mal tombé à Los Angeles. » Los Angeles, la ville de toutes les opulences, de toutes les extravagances. Ici, tout est permis. La seule notion de classe se résumait à la grosseur de la voiture de sport et celle du portefeuille en cuir de chez Armani – notion qui te dépassait complètement d’ailleurs.
Tout en te rendant ta feuille prêtée un peu plus tôt, il te tend une main cérémonieuse et tu te retiens de rire. « Sawyer, tu te présentes à ton tour en serrant les doigts dans les tiens. » Tu ne sais clairement pas où cette conversation va vous mener ; tu ne sais pas si tu le reverras après ce cours – probablement. Tu ne sais pas ce qu’Alan en dira – tu ne sais même pas si tu devrais lui en parler ou non. Mais c’est plus fort que toi. Sa présence amène quelque chose qui te manquait cruellement jusque là – la sensation de ne plus être seul. Et tu ne devrais pourtant pas te fourvoyer, parce qu’il ne remplacera jamais ton meilleur ami décédé ; et tu ne devrais pas te plonger dans cette sorte de jeu trop dangereux parce que tu t’y brûleras les ailes. Mais pour un instant, juste un instant, tu as envie de retrouver cet apaisement au fond de ta cage thoracique. Quel mal y a-t-il à te faire du bien ? Tu as le droit d’être un peu égoïste, de te servir de lui. Un petit peu. « Tu as déjà choisi tes cours pour le semestre ? tu finis par demander, lançant un coup d’œil rapide au professeur qui continuait son monologue soporifique. T’as réussi à te démerder avec toutes les conneries administratives ? » Tu attrapes au passage quelques mots du cours que tu notes distraitement, comme pour te donner bonne conscience. Comme pour te dire que ta venue ici n’a pas été totalement vaine. Tu laisses un blanc s’installer entre Andrea et toi et puis, tu le fixes, tête légèrement penchée sur le côté. Plissant les yeux, tu pinces les lèvres dans une moue de réflexion. « Excuse-moi de te poser cette question, et dis-moi si je me montre trop indiscret mais qu’est-ce qui t’amène aussi loin de chez toi ? oses-tu. Tu vis tout seul ici ou ta famille est avec toi ? » Par expérience personnelle, tu sais que l’on ne quitte pas la terre de ses origines sans une bonne raison – une raison plus ou moins avouable, parfois. Si tu t’étais senti libre de vivre comme bon te semblait, jamais tu n’aurais quitté New-York. Jamais tu ne te serais éloigné de tes racines. Parce que la sensation d’être arraché à une partie de sa propre vie était sûrement la sensation la plus affreuse qui puisse exister. Tu as laissé un morceau de toi là-bas – peut-être la partie gangrenée de toi. Quitter ta famille a été douloureux, même si tu les détestes de toutes les fibres de ton corps désormais. Perdre ton foyer, cette sorte de sécurité qui n’existait que dans tes espoirs déchus. Tu avais dû te reconstruire après ça. Tu avais dû réapprendre à être quelqu’un, quelqu’un que tu ne connaissais finalement pas vraiment. Et aujourd’hui encore, tu ne sais pas si tu connais réellement ce Sawyer qui te regarde chaque matin dans le reflet que te renvoie ton miroir. Parfois, il t’est inconnu. « Enfin, je suppose que l’on ne fait pas un si long chemin sans une bonne raison derrière, tu lâches avec un petit rire presque étranglé. » Comme par exemple, essayer de vivre pour vrai.

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